März 2001

Frankreich:
Situation au lendemain des elections municipales

Le contexte politique actuel place le gouvernement de la Gauche Plurielle dans une situation particulière au niveau politique. La droite a remportée une victoire aux élections tout en perdant les deux principales villes françaises de part ses divisions. Pour constituer un réel danger pour le gouvernement, il faudrait qu'elle soit capable de s'unir, mais pour cela il lui faut un projet qu'elle n'est pas encore prête d'avoir. L'exemple de la mairie de Paris avec la querelle Seguin-Tiberi illustre cela. La capitale, ainsi que Lyon, ont basculé à la Gauche plurielle, bien que la droite soit majoritaire en voix. Cela évite pour la droite parisienne et lyonnaise, les nombreuses querelles qui au second tour n'auraient pas manqué de se produire autour de l'accession au poste de maire. Dans beaucoup d'endroits, l'énorme ressemblance entre la politique de la droite en place là où la droite se démarque peu de la Gauche plurielle, ou bien où cette dernière n'est guère présente pas une politique très différente, les candidats de droite gagnent où risquent fort de gagner : De Robien à Amiens, Ruffenacht au Havre.

Une différence existe cependant entre la gauche plurielle en général et le gouvernement en particulier: la gauche plurielle enregistre une défaite mais ça l'est encore plus dans le cas du gouvernement. Les ministres les plus en vue qui se sont présentés se sont pris en général une véritable claque: la défaite de Lang à Blois où il perd près de 10% par rapport à 95 en est symptomatique. Le cas d'Aubry à Lille ne dément guère cela: le taux d'abstention de 52,5 % montre cela ...

Les élections municipales ont vu plusieurs éléments guider le scrutin. L'expression du ras le bol de nombreux travailleurs de la politique libérale de la gauche plurielle. Le vote pour l'extrême gauche, des listes de gauche exprimant des revendications des différents mouvement sociaux (motivé-e-s,...), et parfois les verts se retrouvent au second tour souvent sous la forme de l'abstention. Si on excepte quelques cas comme Clermont-Ferrand où la liste Gauche plurielle a fusionné avec la LCR, le report des voix des différentes listes de gauche du premier tour sur la liste gauche plurielle au second est la plupart du temps faible. L'abstention a souvent été l'arme des quartiers populaires pour sanctionner la gauche plurielle... La seconde raison est la réalité d'une usure de vieilles équipes, souvent visible par leur dissensions internes ‘(Paris en est un bel exemple). Dans le cas du PCF, ces deux phénomènes ont joué de concert. La perte d'Evreux est symptomatique d'un maire qui n'a plus grand chose d'un militant PCF et qui n'a plus de parti avec lui après les nombreuses épurations qu'il a pu provoquer. Enfin, la droite s'est refait une petite santé, certainement parce qu'elle préfère voir la droite gérée les affaires qu'une gauche instable et soumise à de nombreuses contradictions, qui s'agrandissent avec la relative croissance de l'économie. Entre le premier et le second tour, elle a vu son électorat se mobiliser de manière importante.

La gauche plurielle a perdu ces élections parce que sa politique libérale fait se détacher d'elles de nombreux travailleurs, jeunes et chômeurs qui subissent chaque jour les mauvais coups de sa politique. Et dans l'électorat du PCF, le phénomène est encore plus accentué. Sur sa gauche, la Gauche Plurielle connaît des difficultés. Les candidatures des verts jouent le rôle de listes d'opposition du gouvernement mais dans le sens d'« opposition constructive » comme l'avait formulé le PC avant 1997. Les électeurs veulent infléchir à gauche la politique gouvernementale faute d'alternatives. Le PCF continue de perdre des villes et se montre incapable de regagner celles qu'il a perdues: Amiens, Le Havre... restent à droite, Drancy, Montluçon passent à droite. C'est en général le signe de l'effondrement complet de l'appareil PCF. Dès qu'il ne peut plus s'appuyer sur une mairie, il n'est pas capable, pour cause de manque de militants, de non démarquage d'avec la politique de Jospin de regagner des villes. Il a perdu toute les grandes villes, et de plus en plus de villes symbole

Des listes pcf dissidentes, ou refusant de se joindre à la coalition de la gauche plurielle ont eu des résultats différents sans réussir à s'imposer dans la plupart des cas. Le déclin de celui-ci continue, mais son rôle dans la gauche plurielle n'en n'est pas pour autant remis en cause car il repose autant sur son contrôle de nombreuses mairies que sur celui qu'il exerce dans les syndicats (principalement CGT et FSU). Mais ayant accepté un accord au rabais avec le reste de la Gauche plurielle, le PCF semble ne plus avoir du tout de perspectives en dehors de celle-ci. La frustration des militants combatifs ne peut que grandir. Les timides voix qui se sont élevés dans le PCF pour dire que la politique du parti était trop suiviste par rapport au ps et pas assez à gauche ont vites été rabaissées par les déclaration de Hue et de Gayssot pour accélérer la « mutation ».. Le lancement du Nouveau Parti Communiste reste programmé, sur les mêmes bases pour la fin octobre, dans l'attente d'une intégration plus complète au sein d'une nouvelle formation de gauche avec le PS ?

Irruption d'une expression électorale significative d'une partie du mouvement social. La liste « Motivé-e-s » à Toulouse en est bien sur le phare avec ses 12 %, mais nombreuses sont les villes, grandes ou petites, qui ont vu se créer des listes organisées souvent autour d'un problème particulier. Infirmières à Rouen, « motivé-e-s » à Rennes... traduisent l'absence croissante de représentation politique de toutes une série de gens qui se placent dans une critique globale, pour infléchir à gauche la politique en place. Ce n'est pas encore la traduction claire de la volonté d'une alternative politique, ni une critique sévère du gouvernement, mais la volonté (que l'on retrouve majoritairement dans les mouvements anti-mondialisation comme ATTAC) de se placer sur un terrain de la vérification, du droit de regard. Ceci pourrait aller de manière croissante tant que l'offensive capitaliste continue, en même temps cela aura rapidement ses limites étant donné que même les mairies n'ont pas de grandes marges de manœuvre. Mais le caractère souvent massif, implanté des listes comme « motivé-e-s » doivent nous interpeller. Ce n'est pas le nouveau chemin vers un nouveau parti des travailleurs, mais un signe que l'espace qui se dégage à gauche de la gauche plurielle s'élargit. Faute de réelle alternative à la gauche plurielle, faute de véritable expression politique du combat contre le gouvernement, ce genre de phénomène va se multiplier.

Il ne s'agit pas de voir dans ces listes le modèle qu'il faut. Mais la surface qu'a eu la liste Motivé-e-s, le fait que son fonctionnement essayait d'impliquer des débats de fond (comme celui sur le second tour même s'il s'est malheureusement terminé par la décision d'intégrer la liste de la gauche plurielle) sont des éléments intéressants. Par contre, en ne se plaçant pas sur le terrain de la lutte contre le gouvernement, en ne cherchant pas à sortir du fonctionnement actuel de la société, ce genre de liste atteindra ses limites lorsque les exigences des jeunes, des travailleurs et des chômeurs, s'affronteront de manière directe et permanentes avec la politique de la gauche plurielle (ce qui va en croissant).

Les listes LO et LCR se stabilisent assez haut avec de réelles pointes (jusqu'à 19,44 % à Liévin pour LO, soit plus que le PCF, 23 000 I, E 13 100, 43 % d'abstention), même le PT (les lambertistes), lorsqu'ils ne sont pas en concurrence avec LO ou la LCR (dans ce cas ils sont bon derniers) bénéficient de cette progression aux municipales. Cela montre qu'un vote radical continue de croître. Le score est d'autant plus fort que les villes sont déjà de gauche et sures d'y rester. Cela traduit à la fois un vote critique vis à vis de la gauche plurielle, mais aussi une volonté, non de rompre, mais d'appuyer fortement à gauche les municipalités PCF ou PS.

Ces résultats confirment la tendance qu'avaient révélé les présidentielles de 95 et il y aura désormais plusieurs centaines de conseillers municipaux LO, LCR ou dans une moindre mesure PT.

C'est l'expression, tout comme les listes du type « motivé-e-s » que l'espace à la gauche de la gauche plurielle continue de s'élargir. Il reste à savoir comment cela va se traduire, comment les conseillers municipaux vont structurer le capital de sympathie qu'ils ont recueilli. Bulletins, activités de proposition ou de contestation autour des conseils municipaux notamment de questions cruciales comme l'eau ou les autres services publics municipaux devraient être des moyens de structurer l'activité dans ces villes (qu'il y ait des conseillers municipaux ou non d'ailleurs). Le triste exemple offert par les conseillers régionaux de Lutte ouvrière qui ne font guère plus que rendre compte des décisions des conseils régionaux, mais ne mènent jamais de campagnes ou d'action autour de leur participation aux conseils régionaux doit rester à l'esprit.

C'est peut être une des raisons, avec le fait qu'elle est plus implanté dans les luttes sectorielles (logement...) qui explique le fait que la LCR rattrape du terrain sur LO. Si dans de nombreux endroits LO est première, il en existe beaucoup d'autres, souvent ceux où la LCR ne se présente pas pour la première fois (ce sont souvent des listes dans lesquelles la LCR est une composante parmi d'autres, tout en étant la principale), où elle est première. Le Nord est la terre de LO et le sud-ouest celui de la LCR. Dans la région parisienne c'est variable.

Additionner les scores de LO et de la LCR montrent qu'à chaque fois ou presque les 5% sont largement dépassés. Le nombre d'élus en aurait été démultiplié.. Mais cela ne doit pas nous faire oublier les raisons pour lesquelles cette alliance n'a pas eu lieu: l'ouverture des listes, et la question du second tour. Nous avons participé de manière plus ou moins active aux listes initiées par la LCR à Amiens, Rouen et Nanterre. Aurions nous pu peser sur la ligne politique, permettre qu'un réel élargissement ait lieu, que les thèmes politiques abordés soient ceux qui l'ont été ? Rien n'est moins sur. D'autres part, LO va pouvoir se gargariser de l'appel au vote pour la gauche plurielle au second tour notamment à Lille, Paris,... A Toulouse où la LCR a pendant de long mois justifié sa rupture avec les « motivé-e-s » parce que les animateurs de cette listes voteraient Gauche plurielle au second tour, elle a elle aussi pris cette décision.

Mais à l'échelle nationale, il est clair qu'une alliance LO-LCR aux municipales aurait eu bien plus l'allure d'un nouveau pas vers une alternative politique à la gauche plurielle. Désormais avec la perspective des présidentielles, et la possibilité d'une candidature Laguiller (LO) soutenue ou en commun avec la LCR (comme cela est en cours de discussion entre ces deux organisations) il faudra être attentif à l'impact que cela aura. La LCR sera sous la double influence d'un courant qui pense que le tête à tête avec LO bloque les autres possibilités, et un qui résume toujours un peu cette question d'une alternative à la gauche plurielle à l'alliance LO-LCR.

Ces élections ont connu le plus fort taux d'abstention de toutes les municipales: 38,5 % auquel il faut ajouter les millions d'électeurs non inscrits. L'abstention est très forte dans les quartiers populaires. Cela montre la défiance croissante vis à vis des institutions et de ses politiciens. Mais c'est également le signe que cette défiance n'a d'expression que dans le refus de participer.

L'extrême droite voit son déclin stoppé, et un léger rééquilibrage entre FN et MNR. Cependant, il y avait beaucoup moins de candidats, et les scores (cumulés) sont en général de 5 % inférieurs à ceux de 1995. Dans le nord et le Sud est, l'extrême droite se maintien bien, tandis qu'elle s'écroule à Paris, et Toulon. La victoire d'Orange se fait dans le cadre d'une campagne où le maire Bompard n'affiche quasiment jamais son appartenance à l'extrême droite.

Il y a donc un lent glissement vers la critique du gouvernement, et du système capitaliste, mais pas encore, loin de là, une poussée significative pour le socialisme. Il n'est pas acquis pour la majorité des travailleurs que ce gouvernement trahit leurs intérêts de A à Z. il faut par contre opposer une attitude large permettant au maximum de gens qui souhaitent créer une alternative de commencer à le faire. Si la LCR dans sa dernière déclaration admet qu'elle même et LO ont des responsabilités particulières (et « la LCR saura prendre les siennes »), ce ne sont pas seulement dans les prochaines élections qu'elles devront être prise. Une alliance de toutes les forces qui sont contre la politique du gouvernement, permettant à tous les individus de s'y associer, et se plaçant dans la perspective de lutter contre le capitalisme et pour le socialisme, pourrait voir le jour. Autour de la défense des retraites, de la reconquête des services publics (éducation, santé...), de l'interdiction des licenciements etc... c'est dès maintenant que les batailles communes sont possibles.

In English:
Municipal and Cantonal Elections in France

 
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